mercredi 19 septembre 2007
Papier (ça vaut la) pein(e).

Bonjour à tous et à toutes, nous allons débuter sans plus attendre votre rubrique préférée: "La vie facile de Chronolog".
Comme nous vous l'avions annoncé ce matin, aujourd'hui, c'est papier peint !
"Elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires." (Molière)
Dans la petite entrée / couloir, il va s'agir de poser deux types de papier: le premier est un papier à peindre, qui aura été choisi pour sa résistance et sa capacité à cacher les imperfections de votre support. Pourtant, loin de nous l'idée de prendre une sort de vinyle pourri façon crépi immonde ("Polychlorure de vinyle" pour rester poli, mais chose dégueulasse quand même). Non, nous choisirons "Wall Doctor" de SuperFresco de Graham & Brown.
Plus tard, il devra être peint d'une couleur "sur mesure", à savoir une reprise du fond de motif du second papier peint.
Parce que le deuxième papier peint est un truc assez spectaculaire dont certains diront poliment "C'est osé", quand d'autres demanderont "Et l'entrée, vous la refaite quand?". D'où l'idée de ne pas "en foutre de partout". Bien que pétasses homosexuelles, notre sens du ridicule a survécu à notre créââtivité débridée.
Car, en vraies idiotes donc, c'est sur "Tamara" de la collection "Bohème" de chez Osborne & Little que nous jetterons notre dévolu. Et ça, c'est un peu... casse-gueule. Fleurs art-déco de 20 cm de diamètre, mais dans une version "décontractée". Comment dire? Pas "chic Newyorkais", mais plutôt fleufleurs à mémé ?
112, Ocean Avenue [+]
Première étape: A 9h30, passez un pré-encollage, qui permettra d'assurer les murs. En effet, plâtres et peintures d'époques (au pluriel, tout ça), enduits, traces de colle d'un ancien papier, le support est très ... United Colors. Fièrement donc, enduisons nos murs. Oubliez un instant votre sol que vous n'avez pas protégé, désormais maculé de colle, et observez bien votre mur (notre photo). Une des peintures a frémi. Elle a bougé. Elle cloque. Elle se déforme et se fendille! Enfin, elle commence à tomber. Vous n'avez donc plus qu'à gratter et ré-pré-encoller vos murs.
Laissez passer 10 minutes, et découvrez que certaines zones qui avaient résisté au premier pré-encollage se sont aussi fragilisées. Recommencez à gratter (finalement, vous découvrez aussi la joie de gratter une peinture enduite de colle fraîche, et ce n'est pas plus mal). Enfin re-ré-préencollez vos murs (troisième fois, si le compte est bon). Normalement, là, il doit être 12h25, l'heure à laquelle vous devriez être en train de poser le papier. Cela fait trois heures que vous vous amusez: la fatigue et l'énervement devrait faire naître une troisième sensation: le désespoir.
Comme vous n'osez plus regarder vos murs, vous passez dans la pièce d'à côté. Là, vous commencez à découper les lés de papier à peindre. Nous commencerons effectivement par le moins cher des deux papiers, histoire de se mettre en jambe. Mais les heures qui viennent de passer ont fragilisé votre belle assurance de bricoleur: BHV ne veut plus dire Bel Homme Viril mais Bécasse Harassée et Vacillante. Alors vous prenez dix fois les mesures des murs, vingt fois vos repères sur le papier. Ensuite, vous découperez le papier immaculé d'un coup de cutter tremblant. Le chat, depuis le début, veut participer. Après avoir tenté de goûter la colle, de jouer avec les éclats de peinture, il recherchera on-ne-sait-quoi dans les rouleaux de papier.

Et là, c'est l'extase, la récompense suprême, le bonheur ultime: vous avez réussi à poser impeccablement le papier blanc. Pas une bulle, pas une déchirure, rien. Vos lés se touchent sans se chevaucher, tout est parfait. Mais dans cette vague de joie bleue pacifique, soudain, une chose imperceptible, une petite ombre telle un aileron de requin: derrière vous, là, à quelques pas, les murs si problématiques du début. Vous n'y avez pas encore touché, vous n'avez pas mis de papier dessus, et pour cause, c'est Papier-peau-du-cul qu'il va falloir attaquer. Alors avant l'orage et le désespoir et la sous-couche ennemie, vous profitez encore, quelques secondes, de votre papier blanc, la tête levée vers cette blancheur parfaite. Vous vient à l'esprit ce plan de Charlotte, les yeux fixés sur son lustre à pampilles, éblouie par le miracle d'un variateur de lumière. Voilà ce que vous êtes devenus. Certains jours, vous vous étiez cru Carrie Bradshaw, certaines nuit Samantha Jones, et Miranda Hobbes... certains matins. Là, à l'évidence, vous êtes Charlotte MacDougal au sommet de l'embourgeoisement béat.

Nous y voilà.
La bête s'annonce coriace. Le motif est de 72cm de haut, le papier mesure 52 cm de large,les murs de 247 de haut, soit exactement trois motifs et demi. Complication: le motif se répète avec un décalage de moitié, ce qui signifie que pour les raccords, le lé suivant doit être placé à un demi-motif plus haut que le précédent. Vous suivez ? Peu importe, la conclusion est la suivante: un professionnel aurait fait un pan de mur et aurait déclaré qu'il n'était pas possible de faire plus. A force de calculs, de débrouille et de découpes sauvages, j'en ai fait le double. Victoire, bonheur et épanouissement de tout mon être dans l'Art, j'ai réussi. La pose est parfaite. Et le résultat plait à Poulé.

Il est exactement 22h53 à l'instant où je tape ces dernières lignes. La journée est finie. Et Raoul fête ça.
Allez moi aussi, il y a du Corbières au frais.
Commentaires
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Et vous ne voulez pas "écrire un livre" ? Vous êtes un pur égoïste alors, parce que priver autant de gens du plaisir de vous lire, c'est de l'égoïsme. Je suis effondré de rire.
D'accord avec vous. Mais le jour où il écoutera son mari (tout neuf), hein...
... les poulés auront des dents.
il hésite, renâcle et s'y (re-re-pré-en)collera.
j'en suis sûr.
Ah cette photo du chat sous le papier... qu'est-ce qu'il est mignon !
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