dimanche 13 janvier 2008
Je vais pas y arriver.

Déguiser son chien en homard ou en hot-dog, c'est donc possible.
Bonne nouvelle: lundi sera fantastique.
Mauvaise nouvelle : dimanche est éternel.
(James Hawe)
(Je ne sais pas ce que c'était. A la seconde où je tapais la légende de la photo, j'ai entendu comme une corne de brume, genre paquebot. Mais le son était très proche, et très faible. Un "booou" tout doux, tout grave, tout lent. Le disque dur ?)
Dans la série "Chronolog part en vrille", j'ai depuis quelques jours du mal à tenir les (attendez, c'est dingue, à l'instant, je viens d'entendre une mouette - je sais, les mouettes, il y en a pas mal à Paris, mais après le coup du paquebot, j'ai l'impression d'être à Dunkerque)... Donc disais-je, j'ai du mal, en ce moment, à tenir les rênes de mes chevaux intimes. Rien que l'expression donne la mesure du n'importe quoi auquel je me laisse aller en ce moment. Si l'époux a eu la délicatesse de dire de moi que j'étais mono-tâche, je ne lui en voudrai que pour la cruelle véracité de l'expression.
Ainsi, dès que j'ai plusieurs choses à faire, j'ai deux solutions: faire une liste, et, point après point, progresser de manière raisonnée. Ou bien me surestimer, et tenter d'avancer dans ma vie en jonglant avec les différentes missions à accomplir que le reste du monde charge sur mes épaules. Et là, c'est la catastrophe.
Récemment, je disais à Poulé une chose du genre "Ouhlala je vais pas y arriver il y a plein de trucs et je suis débordé et je ne vais pas avoir le temps et...". A la question "Mais qu'as-tu donc à faire?", j'ai déplié mes doigts, et débutant une énumération impressionnante, j'ai eu du mal à dépasser le troisième doigt.
Pour dire vrai, il y a autre chose qui me chagrine un peu. J'ai vieilli, j'ai grossi, et parfois, quand je m'aperçois dans un miroir, je me dis que putain oui j'ai vieilli. Tous les vieillards vous le diront, dans la tête, rien n'a changé. A part la conscience que tout a changé (et ça, ils seraient bien fourbes, les vieillards, de vous faire croire le contraire), dans la tête, c'est presque tout pareil. Mais le rapport aux autres (tant pis tant mieux peu importe) et le rapport des autres à vous-même, comme une série de gifles quotidiennes, vous rappellent que vous n'êtes plus un jeune homme. Finalement, on n'a rien vu changer, mais plus rien n'est pareil.
Et que personne, en commentaire, n'ose me dire des choses du genre "Et alors c'est bien aussi" en me vantant les délices du temps qui passe, de l'âge adulte plus stable, épanoui ceci-cela! Je sais, c'est pas faux non plus. Mais moi, j'ai l'impression d'avoir oublié des trucs en route, de ne pas être allé au bout de choses qu'encore aujourd'hui je n'ai pas identifiées.
Tout cela m'avance à quoi, de savoir que j'ai égaré des trucs en route, et que depuis l'âge de 20 ans, j'ai passé ma vie à tenter vainement de retrouver toutes ces choses que j'avais cru perdues? Alors que finalement, je ne les ai jamais perdues parce que je ne les ai jamais eues. Je les avais imaginées, rêvées. C'est ça. J'avais des rêves.
Alors aujourd'hui, je tente seulement de protéger mes bris de vieux rêves sur lesquels j'ai fait mon chemin, comme on protège un petit sentier dans les dunes, avec des barrières de bois, contre le temps, les choses invisibles et les estivants.
Mais c'est pas pareil.
Commentaires
Courage. Je suis tombé amoureux de James Righton et je souffre.
Quel désarroi. Je suis tombé dedans il y a sept mois. Impossible de me reconnaître dans quoi que ce soit. Encore moins dans mon beau miroir, encore moins dans mon beau pays. Courage, c'est le temps du virage. Pas celui qu'on emprunte au gré des vents, poussé ça et là par la brise fantaisiste d'une jeunesse fougueuse et impatiente (encore que... parlons-en de la jeunesse). Non, le temps du virage, le pire. Celui qu'on négocie. (après ça va beaucoup mieux).
(il est vraiment très rigolo ce Pierre)
Sebald, tu me dis comment virer s'il te plait? Parce que personnellement j'essaye toujours sans y arriver. Un problème de points cardinaux, de ligne de flottaison ou un manque d'horizon? Qu'on me rende 15 ans please!! Chronolog, je mets mon bras sur tes épaules en grande fraternité, tu me le permets?
Ambre chère
Pour virer, rien de plus simple. Il suffit de psalmodier des mois durant " A la fin, je suis las de ce monde ancien " en soufflant des colonnes de fumée par les naseaux (syndrome du fumeur soupirant). Tu l’auras remarqué, il s’agit naturellement d’une première étape que j’intitulerai sobrement “état des lieux”.
Tout compte fait, cette méthode inédite comporte exactement 1099 étapes comme autant de marches inégales à gravir pour accéder à la délivrance. Un petit résumé (digest en anglais) s’impose. Décider :
1. de se délester de certains fardeaux (identifiés depuis belle lurette) désormais un peu trop encombrants (ne pas penser pas forcément à un présidenticide)
2. de changer les choses brick by brick sans se jeter la pierre
3. d’accomplir enfin ce pour quoi on pense qu’on est bâti
4. d’être indulgent envers soi-même.
(et puis aussi : ne pas céder au désespoir voire à la désespérance lorsque que le livreur de sushis que vous avez commandés il y a exactement une heure et quart ne se pointe toujours pas). Courage, donc.
Caro Sebald, (j'ose... je sais, je ne suis pas Sophia Loren, mais j'ose quand même)
ça y est! C'est imprimé et affiché sur la porte de mon frigidaire qui en en vu d'autres avec l'aimant en forme d'étoile gagné récemment sur un site plein d'arnaques bien connu. Je lirai ces 4 commandements très sages tous les matins après la première gorgée de café et te tiens au courant promis juré, dès que je sentirai les zéphirs me porter. Pour les sushis pas de souchis, dans le même vieux frigo cité plus haut j'ai toujours une humble réserve de saumon fumé bien au froid, petit en-cas de secours en cas d'attente provisoire sans fin.
Bien à toi.
Etre vieux, ce n'est rien. Mais être vieille !
:>))
Clopine, bé non je plaisante là. Mais ce sont des messages comme celui-là qui plaisant tant ici, sachez-le, Chronolog, et bonjour à Poulé.
Parce que tu ne le veux pas, je ne te dirai donc pas "Et alors c'est bien aussi", même si j'en aurais très, très envie. Et la "vieille" (il semble que ce soit le mot féminin de vieillard...) te dira qu'il n'y a rien de mieux que le temps présent, que le "ici et maintenant", quel que soit l'âge que l'on puisse avoir. C'est toujours là, dans le temps présent, que se situe le bonheur, c'est là aussi que l'on donne vie et corps à ses rêves, de quelque ordre qu'ils soient. Les beaux souvenirs ne sont jamais autre chose que la mémoire de moments agréables ou de bonheur vécus dans un "temps présent" qui est maintenant passé. Alors ne jette pas d'ombre sur ton bonheur actuel, sur ton temps présent à la pensée de périodes de zones plus ou moins grises. Rien n'est jamais inutile puisque tu es aujourd'hui le produit de tout cela, et c'est très bien ainsi.
Et puis, ton bonheur actuel est tout aussi solide qu'il est précieux, alors ne crains rien, puisque c'est avec lui que, au jour le jour, tu poursuivras la concrétisation de tes rêves. Comme tu le sais, je suis en ce moment et encore pour un peu de temps très près d'une situation qui me fait encore mieux mesurer ce qui compte vraiment dans la vie. C'est ce qui m'amène à t'écrire tout ça.
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