samedi 10 mai 2008
Vivement mes 85 ans.

Les livreurs étaient encore sur le palier que le chat avait déjà pris possession de l'endroit. A peine quelques secondes pour le renifler suffirent largement: Raoul venait de découvrir le confort conçu exprès pour lui. Des accoudoirs pour poser la tête et les pattes, un coussin confortable (une assise en plume, ça change de la mousse), assez vaste pour s'y étendre mais assez réduit pour se sentir protégé, suffisamment haut pour surveiller l'environnement. En définitive, un panier pour chat mais en mieux.
Ce matin, Poulé m'a laissé encore endormi ("...au creux du petit jour") non pas pour cueillir des fraises des bois, mais pour aller faire sa conne dans une salle de sport. Enfin moi, ce que j'en dis... Le pire, c'est qu'il est effectivement de plus en plus beau. Ça me donne un coup de vieux, ce genre de situation, on n'imagine pas. Je sais, je devrais m'en réjouir. Mais considérant que ce que je vois dans la glace est de pire en pire chaque matin... Dans quelques années, s'il ne m'a pas quitté pour je ne sais quelle gym-queen bronzée à mort, je serai vieux et gros et moche dans mon fauteuil de vieux, et lui sera jeune et mince et beau sur son vélo. Sauf si je me reprends en main (pardon, si je me prends en main- car ne l'ayant jamais fait, je ne peux donc pas le re-faire). Par exemple en devenant très riche et lui très pauvre, un truc dans le genre. Je dois y réfléchir vite, car il se muscle plus vite que je ne deviens riche et célèbre. Et comme il est hors de question que j'admette que l'amour s'entretient avec de la fonte, je n'ai pas des centaines de solutions.
Quand Raoul me le laissera, je vous parlerai de mon fauteuil à oreilles. Car nous possédons désormais le meuble qui me permettra de vieillir en toute sérénité.
Commentaires
Vous aurez noté que NOUS possédons maintenant SON fauteuil à oreilles.
Je me souviens...
... de la première fois où j'ai découvert le chronolog (touche rewind, musique carillonnante, image brouillée puis devenant de plus en plus précise). Un lit, un labrador et un poulé enlacés, "Et mes jambes, tu les aimes mes jambes...", la bande-son du Mépris en fond sonore. Il était question de corps, d'envie d'être autrement. Merveilleuse animation qui m'a laissé coi et terriblement ému. Puissé-je un jour fêter avec vous tes 85 ans.
J'aurais bien aimer y être aussi, mais il y aura déjà fort longtemps que je serai partie. Je vous ferai un donc un clin d'oeil de là-haut. :-)
Pour ma part, c'est plutôt du fauteuil dont je m'inquiète. Pouvu qu'il résiste jusque là...
Elevée au sirop d'érable
Dans un peu plus de... enfin quand j'aurai 85 ans, tu seras encore des nôtres probablement, Sylvia... Et d'une voix chevrotante, Sebald hurlera dans mon oreille de sourd "Elle nous enterrera tous."
Et puis si on est tous partis, je connais une magnifique terrasse tout là-haut (des amis m'en ont parlé, on pourrait les rejoindre). Du parapet, s'amuser à regarder la terre vue d'en haut, siroter des drinks, faire des barbecues (avec des brochettes de chamallows) et attendre les retardataires. (j'ai comme l'impression que la Pentecôte me fait un drôle d'effet)
Va pour la magnifique terrasse. Et puis, si vous n'avez pas d'objection, nous pourrions aussi y inviter Julien Green. J'ai bien hâte de le rencontrer celui-là. :)
Oh oui, alors, quelle belle idée. (vous croyez qu'il aime les chips ?)
Ben moi je SAIS que je serai là, puisque quelqu'un de bien informé me l'a confirmé et certifié et tout et tout. 96 ans que ça sera, alors depuis je laisse venir peinarde. Et à 91 je n'aurai pas encore dit mon dernier mot et t'aiderai à souffler (j'aurai encore du coffre puisque je suis clean et ramonée depuis 1 an). Mais dis, tu me laisseras quand même l'essayer ton fauteuil à oreilles ce jour-là, pour ravigorer mes giboles après le p'tit tour de twist qu'on aura dansé ensemble.
Bon, ben... Ambre, je mets l'orangeade au frais alors.
Moi, si mes calculs sont bons, je devrai partir avant les 85 ans de Chronolog, vu que je suis un garçon assez dépressif dans l'ensemble. Mais bon, siroter des drinks avec Sebald, écouter de la musique avec Sylvia et demander à Julien Green de m'expliquer ce qu'il écrit, je veux bien. Alors prévenez-moi quand vous partez, qu'on voyage au moins ensemble - le dernier fermera la porte. PS : Est-ce que ce serait possible d'inviter Colette et Garcimore aussi ?
Oh oui, le bleu du ciel, viens. On peut passer te prendre, si tu veux. Dress code : simple, blanc à la Eddie Barclay. J'a envoyé un petit mot à Roland Barthes et Marie Dubas (j'ai des tas de choses à leur demander sur l'amour, j'espère qu'ils pourront se libérer). Je ne sais pas vous, mais j'ai l'impression que tout là-haut, ça va être "the Party where..."
Roland Barthes, ouais, c'est une super idée. La question que je me posais ce matin, en me réveillant, c'était celle-ci : est-ce qu'on pourra inviter Chronolog pour une journée ou un week-end, par exemple, mais SANS qu'il meure, genre fausse alerte, on vous le ramène, c'est quand même chouette, non ? C'était ça ma question.
Sensass' même. Il quitterait un temps ses oreillettes, on parlerait d'amour et d'abdominaux en croquant des carrés de chocolat puis il retournerait auprès des siens vivre le reste de son âge. (Par précaution, je crois que je vais emporter avec moi mon service à punch).
Et puis tout là-haut, il y a des balancelles. Je suis sûr que ça lui plaira.
Et pendant ce temps
Les lecteurs bavardent, Poulé est parti à la gym, Chrono et Raoul dorment sur leurs deux oreilles.
Pour le punch, on pourrait peut-être rajouter du Fanta Orange vu que "l'harmonie d'un mélange d'eau pétillante, de saveurs orange pour des moments de plaisirs fruités et intenses, à partager entre amis".
C'est exactement ce qu'il nous faut, le bleu du ciel. J'aurais préféré du Pschitt orange (recommandé par Ernst Tjadziki, meilleur sommelier du monde en punch 2007) mais la promesse de bonheur est moins convaincante.
(sinon, pendant ce temps, je suis rentré à la maison parce que j'avais trop chaud dehors, j'ai fait du thé vert que j'ai renversé sur la table basse du salon).
Sebald, malgré les lavages, le thé s'incruste souvent sur la table basse du salon. S'il reste des comprimés de stérilisation des biberons (style Milton), il suffit de les diluer dans de l'eau et de verser la solution sur la table. Les taches de thé disparaîtront rapidement.
En voilà une astuce inédite. Je la recopie immédiatement dans mes Carnets de Ménage (volume 3). Une question tout de même : une boîte d'anti-inflammatoires peut-elle remplacer (à la ni-vu-ni-connu-je t'embrouille) les comprimés de stérilisation des biberons ?
L'essentiel sera de rester entre amis. Pas de visite impromtue de divinité quelconque ou d'un de ses élèves ailés. Chronolog sait que j'ai une dent là, à cause du chocolat...
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