Chronolog

Encore là ?

vendredi 11 juillet 2008

7. "Forget democracy"

as32

Il y a des quantités de choses que je ne peux pas raconter ici. Parce que nous avons découvert une dictature à la place d'une très officielle démocratie, et que tout n'est pas racontable: cela impliquerait des gens que je n'ai pas à citer. Restent alors quelques anecdotes, qui, incomplètes, ne feraient pas sens.

Je pense particulièrement à une nuit, dans un taxi incapable de trouver mon hôtel: hormis l'adresse (qui ne lui servait donc à rien), j'étais incapable de l'aider. Mais en réfléchissant, je trouvai un point de repère qui me sembla parfait pour nous orienter: l'hôtel était au bord de l'eau, et de l'autre côté de la rivière se trouvait la maison de la fille du Président. Heureux d'une telle information, je la donne de suite, nous croyant sauvés. Mais la personne en charge de traduire au chauffeur a préféré ne pas lui dire. Pourquoi, je l'ignore encore. Je crois seulement que je n'avais pas à avoir ce genre d'info, personne n'avait à le savoir, et nous devions donc éviter tout sujet qui, de prêt ou de loin, touchait au pouvoir. Alors le taxi a continué à tourner dans la nuit.

Une personne laissa échapper devant nous, pour nous expliquer la complexité de la situation: "Forget democracy". Cette personne l'a dit une seule fois, comme on laisse échapper un juron dangereux. Puis s'est ressaisie.

J'ai encore un peu du mal a atterrir. Hier soir, j'étais invité dans un événement terriblement chic et parisien, une de ces choses où (et cette fois-ci c'est vrai) le tout Paris rêve d'être invité. J'y suis allé seul, et cette fois-ci, aucune crise d'angoisse comme d'habitude. J'étais calme, un peu réservé, mais relativement à l'aise. Parce que dans ma tête, je n'étais pas encore revenu. Parce que, pour le coup, j'étais propulsé d'une planète chaotique et angoissante à une bulle parfaite et élégante.

Cet effet de contraste est un peu plus complexe qu'une simple confrontation pauvres/riches, comme si je revenais d'un pays très pauvre pour, dès mon retour, me confronter à la richesse de mon pays. Non, ce n'est pas ça. Car le pays dont je reviens est un pays riche. Très riche. Et même si la population ne profite pas toujours de ces richesses, le pays a trouvé une sorte de tout relatif équilibre.

Alors quoi?  Alors c'est la présence de Dias, mon faux ex-agent du KGB toujours collé à mes basques, et qui me chantait "Et si tu n'existais pas..." sur une avenue déserte, ce sont les photos du boucher-tueur-propriétaire de l'hôtel prenant la pose dans la neige et le sang, ce sont les beuveries à la vodka, le regard perdu de Kairat le dernier jour, c'est "Les parapluies de Cherbourg" diffusés sur l'esplanade à la démesure toute soviétique, c'est aussi ce guide qui évoqua Las Vegas comme modèle ultime de cette ville. Et autant de choses absurdes et incompréhensibles, ce silence de plomb, ces conversations légères car on ne peut parler de rien d'autre, c'est aussi cet homme à la barbe grise qui s'est levé de sa chaise pour chanter lors du premier repas:

Posté par Chronolog à 10:13 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"autocar lag"

Posté par djo, vendredi 11 juillet 2008 à 10:53

Notez et gardez précieusement tous ces "quantités de choses", car si nous, nous n'en avons pas forcément besoin, heureux que nous sommes (parfois ... ), elles sont et seront indispensables pour leur Histoire à eux, là bas ...et surtout pour la petite histoire du p'tit gars, entre autres ...Au fait, et si c'était un cadeau que leur fait leur Président, de convoquer autoritairement des gens autres : car personne ne viendrait jamais les voir, non ?

Posté par la dame, vendredi 11 juillet 2008 à 10:56

Plutôt qu'un cadeau à la population de la part du Président, je verrai plutôt une sorte d'événement à sa propre gloire...

Posté par Chronolog, vendredi 11 juillet 2008 à 11:20

VISIBLEMENT, oui, si des images de vous tous pei(g)nant dans le grand vent ont été diffusées dans le pays, ou médiatisées hors du pays, mais l'impact de l'invisible dans le coeur des passants qui vous ont croisé, qui n'est jamais maitrisé par aucun service de comm', démocrate ou didactorial ?
PS : à mardi et vive le Chrono(b)log !

Posté par la dame, vendredi 11 juillet 2008 à 11:39

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